Zelda : Twilight Princess

Test

Le disque est déjà dans la Wii depuis une bonne trentaine de minutes… En fond, j’entends tourner en boucle les pas d’Epona et cette musique lansinante, reprise du thème propre à la série, et mélancolique à la fois. Trois ans après la sortie de Wind Waker sur Gamecube, je me rends compte de deux choses. La première, c’est que j’ai grandi et alors que je m’étais rué sur ma jaquette dorée à l’époque, là je me dois de terminer un boulot, repoussant à contre-cœur mon retour au pays. La seconde… C’est que ce pays… Hyrule… me manquait.

On ne s’en rend pas forcèment compte mais lorsque l’on se replonge dans une nouvelle aventure de Link, on a toujours cette impression de bien-être, comme lorsque l’on revient dans un endroit que l’on connaît déjà et que l’on aime. Mais cette fois, on a dès le départ une impression étrange. Et si ce lieu que l’on chérit tant, où l’on a vécu tant de péripéties, était en danger ? Alors on s’empresse de saisir la Wiimote et une fois passé le traditionnel choix des sauvegardes et sa musique répétitive à souhait, la réalité nous saute aux yeux. Twilight Princess sera plus sombre que les précédents, il n’en fait plus aucun doute.

 

Cet étrange sentiment, on le sent non seulement pendant l’écran titre, mais également au début du jeu. Exit les monologues d’Ocarina of Time et de Wind Waker, tout commence par un dialogue assez triste entre Link et un villageois de Toal, là où notre quête débute. Pourtant, très vite, les choses semblent redevenir un peu plus gaie. Trois jours à Toal fort agréables pour découvrir les premières subtilités d’un gameplay à la Wiimote plutôt efficace.

Mais passé ce début de jeu fort introductif qui remettait en doute nos premières impressions, tout s’accélère très vite. Une attaque, un enlèvement. Link pénètre dans un royaume baigné dans l’ombre et se transforme en loup… Mais le but du test n’étant pas de spoiler quoique ce soit du jeu (bien que l’on ne se soit pas gêné sur le forum – vive la balise [spoiler][/spoiler] !), j’arrêterai ici le descriptif du scénario d’autant plus qu’il promet tellement de richesse et de rebondissements qu’il faut mieux en terminer là pour le moment. Sachez juste qu’aucun autre épisode de la saga n’a été autant scénarisé, autant mis en scène et jamais les personnages n’ont été autant réfléchis et intéressants. Mention spéciale à l’espiègle Midona…

Il serait plutôt bête de reprocher à Twilight Princess ses textures parfois relativement pauvres, étant donné le nombre de fois où Nintendo a répété qu’il n’y aurait aucune différence de fond, ni de forme (excepté la jouabilité) dans cet épisode doublement porté. Un reproche d’autant plus ridicule que le jeu EST beau. Certes pas techniquement si on le compare à ce qui se fait de mieux en ce moment mais il est beau dans le sens artistique du terme. Les couleurs sont chatoyantes, les environnements et le level design étonnants et magnifiques et tout bouge avec une fluidité hors pair. Mention spéciale pour les séquences au sein du Crépuscule, tout bonnement magnifique avec cette sorte d’effet sépia permanent qui le caractérise.

La même remarque vaut aussi pour la musique. Passé la déception – somme toute relative – de ne pas entendre de musiques orchestrales, on retourne malgré tout ici en terrain connu, avec une bande-son qui s’avère diablement efficace et prenante. Des airs de déjà-entendus mélangés à d’autres totalement nouveaux, rarement la musique dans Zelda n’avait pris une telle intensité. On aura donc beau faire tous les reproches que l’on veut sur la politique de Nintendo, on est obligé d’admettre que sur le plan musical, ce nouveau bébé est également une pure réussite. Ceux qui ne jurent plus que par la symphonie depuis l’arrivée des next-gen n’auront qu’à attendre le vrai Zelda de la Wii. That’s all.

C’est la grande nouveauté de cet épisode, la jouabilité est remarquable. La Wiimote apporte une réelle plus-value à tel point que lorsque j’ai voulu désactiver le pointeur pour retrouver un système de visée « à l’ancienne », je suis tout de suite retourné dans le menu pour le remettre. Une fois qu’on y a joué, on peut difficilement revenir en arrière.

 

Link bouge comme à son habitude avec le stick analogique du Nunchuk, servant également à déclencher la vue à la première personne et la célèbre visée Z (qui se marie d’ailleurs parfaitement avec le reste) tandis que la Wiimote peut être secouée pour faire attaquer notre héros. Il faut noter que ces mouvements ne sont pas aléatoires bien qu’il suffise de la gigoter dans tous les sens pour l’attaque de base. Les objets de l’inventaire peuvent être assignés à la croix directionelle de celle-ci pour les stocker tandis qu’ils seront utilisés en appuyant sur la gâchette, sous la télécommande.

C’est plutôt simple, ça se prend en main très vite et c’est un pur régal. Notre berger frappe, se protège, cavale sur sa fidèle jument et répond au doigt et à l’œil à nos ordres. Tout est simplissime à souhait et vu que l’on est dans un jeu Nintendo (signé Miyamoto qui plus est), on est généreusement guidé au fur et à mesure de notre apprentissage, en découvrant progressivement tout ce qu’il est possible de réaliser.

La transformation de Link en loup apporte un nouveau souffle au gameplay qui ne se contente pas de répéter sous la forme d’un loup ce que Link sait déjà faire en tant qu’humain. C’est vraiment surprenant et chaque nouveau passage devient encore plus prenant que le précédent.

En terme de contenu, on se rend vite compte qu’on est face au Zelda le plus dense de toute l’histoire de la série. En un peu plus de cinq heures de jeu, j’ai tout juste atteint la porte du premier donjon. Je n’ai trouvé qu’un seul cinquième de cœur (autre nouveauté) et non seulement ces cinq heures promettent une durée de vie énorme mais elles ont été magiques. Le jeu est réglé comme du papier à musique car autant les deux premières heures auraient pu vite devenir lassantes que les premiers rebondissements apparaissent pour relancer l’intérêt du jeu sans pour autant quitter son introduction. Reste à savoir à quel moment précis peut-on considérer que le jeu débute. Quoiqu’il en soit, Twilight Princess est une vraie démonstration de game design. Il ne nous reste plus qu’à nous incliner.

Pour résumer, on pourra simplement dire que Twilight Princess est un bijou, comme ceux que l’on récupérait avant pour ouvrir le Temple du Temps. On aurait beau utiliser tous les qualificatifs possibles, ils ne suffiraient pas à retranscrire ce que l’on ressent, Wiimote en main, en découvrant les nouvelles aventures de notre cher lutin vert qui a bien grandi. Chaque élément y est tout simplement parfaitement placé et maîtrisé et ses nombreuses inspirations se mêlent à sa propre identité et rendent le jeu unique. Cet épisode mettra obligatoirement tout le monde d’accord.

 

Graphismes

Les mauvaises langues reprocheront stupidement à cette version Wii de ne pas avoir été améliorée mais étant donné que l’on ne connaît finalement rien des capacités réelles de la nouvelle console de Nintendo, prenons ce Twilight Princess comme il est, à savoir un jeu d’une qualité visuelle impressionnante de par sa conception et son design.

Jouabilité

Achetez la version Gamecube ou la version Wii mais si vous goûtez à cette dernière, vous ne pourrez plus revenir sur vos pas. La Wiimote s’adapte superbement au gameplay de la série et Link est un vrai bonheur à diriger, que ce soit comme Hylien ou comme loup. On a hâte de voir ce que cela donnera lors d’un épisode uniquement conçu pour la Wii…

Bruitages / musiques

Tout comme le graphisme, certains reprocheront au jeu de ne pas contenir de musiques orchestrales. Et alors ? Le midi, ça peut être très beau aussi, la preuve. L’OST du jeu promet d’être magique, alternant entre des mélodies familières et d’autres complètement inédites. A vrai dire, le seul bémol que l’on pourrait faire concerne les bruitages sortant de la Wiimote. Etant parfois mal calibrés (dont l’indémodable  » taladaladaladadaaaa  » qui récompense la réussite d’une énigme), ils explosent le haut-parleur de la Wiimote.

Durée de vie

Quoi dire à part faire confiance à ceux qui ont déjà terminé le jeu ? Sachant qu’il doit falloir environ un peu moins d’une dizaine d’heures de jeu pour que Link quitte son village natal et découvre les premières lueurs de la Plaine d’Hyrule, le reste promet d’être énorme. Des quarts de cœurs qui se transforment aujourd’hui en cinquièmes de cœurs, des minis-jeux, une quête très dense… Du pur bonheur distillé sur le long terme.